Une Pyraterie, des Pyrateries..

Depuis quelques temps déjà, je cherchais à contacter des représentants de confréries pyrates afin de réaliser un article sur les événements survenus dans ce milieu en ce début d'année.
Mes recherches demeuraient vaines et mes questions sans réponse. Et je me lassais jusqu'à ce que je reçoive cette intrigante missive :

" Capitaine, Journaliste,
Vos organes de presse m'écoeurent. Le torchon de Maracaïbo, ce prétendu Journal des Caraïbes, n'est rien d'autre qu'une putain au service des richards et des têtes bénies. Le parti pris y est flagrant mais ce sont surtout les omissions qui sont les plus criantes...
Quoiqu'il en soit, vous aviez quelques questions et, bien que je suspecte une autre malversation de cette satanée Compagnie Noire, je veux bien y répondre, d'autant que cela me permettra de me clarifier les idées. Capitaine Mc Skorley "

Suivait un rendez-vous fixé à une heure indue dans un endroit désert que la prudence m'enjoignait de refuser, mais que ma curiosité me poussa à accepter...

Je l'ignorais encore mais je venais, par mon ambition cupide à pourchasser le scoop, de remettre en cause toute mon existence...

Arrivé sur les lieux et après quelques minutes d'attente fébrile, un choc sur le haut de mon crâne illumina l'intérieur de mon âme de mille feux en même temps que je sombrais dans un sommeil sans rêve.
Je me réveillais trempé, tout dégoulinant du seau d'eau employé à me ranimer, les yeux bandés et le corps entravé sur un siège enveloppant.
Une odeur de fumée et de rhum flottait dans la salle et les présents cessèrent leurs conversations alors que je reprenais connaissance.
Puis quelqu'un dit :

- Tu voulais des Pyrates, t'en as ! On t'écoute...
Ce qui souleva un concert de rires gras et inquiétants.
Tout tremblant ; j'espérais que ce fût de froid, mais me rendais compte que c'était d'effroi ; j'articulais laborieusement :

- Capitaines, j'aurais aimé connaître vos avis sur le ralliement des Maréchaux à la cause Pyr...

- Qu'ils aillent crever ailleurs ! éructa une voix sur la droite.
- Ha ! Ha ! Arland ! Quelle verve ! répondit un autre. Mais t'as raison, les Maréchaux ne sont pas des nôtres.
Les réactions s'enchaînaient.
- D'accord avec toi, Mc Sko ! Ces pantins du Roi de France ne valent pas mieux que la flotte Française. Et moi, Tristan de Malfoit, je les ai toujours méprisés comme de bons et loyaux nationalistes qu'ils sont ! J'ai toujours des boulets en réserve en cas de rencontre...
- Pouah ! T'vois, j'ai tendance à n'pas adorer ceux qui servent la Royale Consanguinité... En tant que Piastreux, j'avais donc d'infâmes projets dans l'cas où j'croisais l'un d'ces maudits gueusards !

Les conversations avaient repris et tournaient au brouhaha, mais je commençais à trier les différentes sources sonores et à leur mettre des étiquettes afin de suivre les discours. Le dernier intervenant s'était fait interpeller sous le nom de Bram par un autre nommé Sowell qui avait exprimé sa "lassitude hostile" et son "indifférence lassée" suite aux "précédentes prises de ports pyrates par les Maréchaux".

Arland Vanertal : - Qu'la vermine leur bouffes les testicules à ces chiens galeux !
Tristan De Malfoit : - Ce n'est pas parce qu'ils se déclarent pyrates qu'ils le sont voyons ! Je me moque éperdument de leur changement "radical". Ca ne me fait ni chaud ni froid. Pour moi ils ne sont ni plus ni moins que "les Maréchaux" !
Arland Vanertal : - Un pyrate mon gars c't'avant tout un homme libre. Un putain de déjanté des mers ! Un gars qui a des couilles, assume toutes ses décisions et vit sa vie comme il l'entend. Ca c'est pour le style. Par contre pour être considéré comme un pyrate, faut avoir deux ou trois détails en plus. Tout d'abord se complaire dans le massacre de tout nationaliste passant dans son champ de vision. Etre prêt à risquer ses couilles pour libérer les peuples tyrannisés. Enfin, aimer les femmes nom d'une pute borgne !
Not' situation a toujours été la même. Rej'té parc'qu'on dérange, on désire juste éliminer toute racaille royaliste des eaux des Caraïbes. Pour commencer ...

Après cette tirade enflammée, Tristan de Malfoit ajouta :
- Sans port et sans accroche, mais toujours combatif et la tête haute ! La pyraterie ne meurt jamais, son avenir est assuré !

Pourtant des avis divergents s'exprimaient et plusieurs Pyrates m'interpellaient maintenant...
Bram Hawkins : - Not' situation ! Pardieu ! 'n'aurait presque pu dessoûler, à force d'avoir la tête sous l'eau... J'te jure l'ami, c'tait l'bordel, mais un bordel clairement pas sain...
Sowell Von Bügel : - C'est vrai que notre situation est pénible... Mais en toute chose il faut voir le positif : Entraînement difficile, guerre facile...
Mc Skorley : - Ridicule ! Nous, Pyrates, étions et sommes ridicules ! Entre les mollusques, les traîtres et les culs-de-jatte, pas de doute, on est servis. Une poignée d'ermites et le tableau est clos. Ah oui, y'a bien quelques bâtards mal engueulés qui parviennent un peu à racheter les autres mais, jusqu'à présent, on se taisait en vivotant de bouges en bordels...

Encouragé par cet apparent dialogue qui s'installait, je risquais une remarque :
- Mais votre situation va changer si les Maréchaux deviennent pyr...

Arland Vanertal : - J'ai franch'ment besoin d'me répéter ? Pour moi c'sont pas des pyrates. Valent pas mieux qu'les frères d'la côte ou les Mercenaires ... Sont p'têtre même pire en vérité !
Tristan De Malfoit : - Devenir pyrates ?? Je t'arrête là tout de suite, ils sont encore bien trop Français à mon goût !
Nous en reparlerons peut être le jour où le Jolly Roger flottera en haut du mât de leur flotte !
Mc Skorley : - Vous êtes celui qui prétend que les Maréchaux sont et agissent pour la cause Pirate. Cela n'est nullement le cas. Ce sont de vulgaires parasites : peu importe où ils s'installent, l'hôte se trouve toujours diminué par leur passage.
Ils tentent de s'approprier un drapeau qui m'est cher et le souillent à chaque minute qui passe. Ce sont des imbéciles autoritaires, plaçant la hiérarchie avant leurs propres idées - pour peu qu'ils en aient. Ils ne méritent ni attention, ni égards, hormis une volée de boulets lorsqu'ils s'aventurent à passer trop près de nos navires.
Arland Vanertal : - Qu'cette putride engeance de salaud fasse parler d'eux, ok. Mais en crevant une bonne fois pour toute ! Franch'ment on rachète pas une vie de chien galeux à massacrer la pyraterie pour se dire un beau jour "tiens si on d'v'nait pyrate ?" ! Z'ont pas la moindre trace d'honneur dans l'sang ... La pyrat'rie a besoin d'hommes, pas de fillettes à la recherche d'un nouveau jouet !
Sowell Von Bügel : - Ben, tout le monde a le droit de choisir sa corde après tout... Il n'est pas dans nostre nature de juger sans recul ni raison... C'est chouette, 30 épouvantails de plus... Ca fera un peu moins de moineaux à nous becqueter les aisselles... Et puis, des nouveaux ports pyrates... Pour une fois qu'on peut regarder...
Arland Vanertal : - Vu ce qu'ils ont l'air de vouloir installer, j'dirais qu'y a que l'port qui d'vient pyrate et ils n'ont que l'drapeau pour se justifier. Veulent installer d'autres tyrans au pouvoir ... Et ben on relibérera ces putains d'villes !
Bram Hawkins : - J'crois pas en un éclair d'lucidité touchant une trentaine d'vieux briscards et leurs équipages en même temps. Les Maréchaux, à la vérité, n'avaient pas franchement d'autre choix, et tôt ou tard, ils auraient dû se désunir de la France. Ils peuvent causer autant qu'ils veulent de liberté, d'affranchissement, d'justice ou d'cause pirate... pour moi, ils restent des opportunistes luttant pour LEUR suprématie.
Et sur le Diable ! Qu'ils arborent le drapeau noir n'les rend pas meilleurs à mes yeux ! Pis j'n'oublie pas qu'ils ont été particulièrement zélés pour nous nuire et pour nous vendre à la potence. Ils payeront pour ça, foi d'moi, et pirates ou pas.
Mc Skorley : - Les Maréchaux ont simplement poursuivi leur politique de prise de ports au profit des Maréchaux, purement et simplement. Il leur fallait pouvoir abriter leurs deux protégés et les gouverneurs nationalistes leur refusaient l'accès.
Arland Vanertal : - Si on fait l'ménage dans c'qu'on appelle pyrate de nos jours, y a moyen qu'on soit pris au sérieux ! Quoiqu'y a une trentaine d'bouffons qui viennent discréditer le Jolly Roger et que ça présage rien d'bon pour la pyrat'rie idéaliste ...

Au milieu des éclats de voix de plus en plus forts et des conversations de plus en plus enflammées, un homme s'approcha de moi en disant :
- Vaut mieux qu'tu partes, maint'nant...
Je reconnus Bram Hawkins qui continua, en donnant ordre à deux hommes de m'emener.
- Je crois que la pyraterie va perdre de son sens, en temps que groupe uni et fraternel. La lutte fratricide sera aussi rude qu'inévitable, entre différents camps idéologiques...
Ca a déjà commencé d'ailleurs à certains moments, et ça s'accentuera sans tarder. Les pirates ne se ressemblent plus, et certains sont même plus loin de nous que certains nationalistes. L'âge de la solidarité de condition touche à sa fin.
Les deux hommes s'étaient saisis de moi et m'entraînaient vers l'extérieur de la salle quand le Pyrate ajouta :
- T'as l'air tellement intrigué par les Maréchaux que j'vais t'dire comment j'ai appris la nouvelle de leur conversion.
J'pourrais t'dire qu'j'ai fait flamber mon navire en signe de protestation ou toutes autres foutaises du même grain. A la vérité, j'ai appris ça un soir, et l'gars qui m'a porté la nouvelle m'a trouvé seul avec mon rhum tout en haut du galion, sur la hune de misaine, en train d'comtempler les lumières du port et l'jour finissant. Ma réaction a dû l'décevoir lui aussi : j'me souviens même pas avoir lancé un seul foutu juron. J'ai simplement pensé à la Guerezenn et à tous les pirates morts pour la cause, et j'me suis dit qu'on vit là un temps foutrement singulier... Argh, qu'est-ce tu veux ? C'est c'maudit rhum qui m'rend sentimental...

Emporté par de solides gaillards, je refaisais conscient, un trajet dont je n'avais aucun souvenir. On me hissa bientôt sur un navire imposant où je me retrouvais à fond de cales. Le matelot à qui je demandais où j'étais me dit simplement : Concerto for San Antonio !
Après un temps qui me parut une éternité, je devinais la présence d'un homme qui m'entretint longuement...
- On m'appelle CDD, de la "Confrery of the Sharp Death".
Vous vous intéressez aux rapports entre les Maréchaux et la Pyraterie... Je ne sais que penser de tout cela, car il faut savoir que nous, Pyrates, y sommes pour peu dans cette affaire. Et de ce fait, certains les pourchasseront sans cesse, que seul la mort pourra les dessaisir de leur sombre quête, d'autres trouveront en ces français, de nouvelles perspectives à saisir. Ce qui est sûr, plus que jamais des divergences, des clans se créeront, je sens le diabolo qui nous embrasse, tel une menace bien plus grande que celle de la chasse.
La situation pyrate est ce qu'on en a fait, de grands faits mais peu de pensées, de grands actes mais peu calculés, la pyraterie s'est perdue dans l'orgueil ! Tant que ceux-ci ne comprendront pas que le pyrate ne tient sa survie qu'à sa discrétion et à sa capacité à s'allier avec le pire de ses adversaires, tant que celui-ci n'aura pas compris cela, que la pyraterie ne vit que sur le dos d'un royaliste vérolé, celui-ci ne connaîtra que la perte assurément.
Nous, confréries d'Efllam, sommes des aventuriers que nulle loi n'a su plier, à qui nul joyau des cités n'a su plaire. Nous naviguons pour l'amour de la mer et ce qu'elle vous évoque. La pyraterie n'est pour nous qu'un moyen, et non une finalité. Jusqu'ici, les Maréchaux nous ont toujours respectés pour ce que nous étions, de fameux navigateurs, et nous les avons toujours respectés pour ce qu'ils étaient, de fameux stratèges. Nous avons toujours apprécié les Maréchaux, puisqu'ils n'ont jamais vraiment embrassé la cause française, de cela soyez en sûr.
Mais cela n'est pas le cas pour toute la piraterie dans son ensemble ! Les Maréchaux sont des militaires, la prise de ports est une chose dont ils ne peuvent se passer. Ce sont des prédateurs ! Nous même relançons nos campagnes de pillage. Attendez vous au pire ! *rire*
Cet été sera rouge pour l'Espagne, croyez-moi.
Savoir ce que les Maréchaux apporteront à la piraterie ne peut pas encore être déterminé. Il est trop tôt pour le dire, des choses graves vont se passer, des mouvements insidieux vont dévoiler leurs mécaniques. Les grandes transhumances, comme je l'ai présumé depuis Novembre, commencent : le sud, l'ouest et le nord vont brûler. Les maréchaux ont déséquilibré un cosmos résolument nationaliste, au moment même où la pyraterie à genoux se relevait, l'effet sera des plus dévastateurs je le crains...
Alors que des mouvements importants s'opéraient sur le navire, mon hôte prit congé en me remerciant de "ma sollicitude à l'égard de notre bonne pyraterie". Aussitôt, je fus manipulé adroitement et me retrouvais, débarqué, ligoté et toujours aveuglé, sur le sol et adossé à un mur, dans un quartier calme de la ville.

Un bruit de pas se fit bientôt entendre, qui se transforma en bruit de course et un homme vint me libérer de mes liens. Je le reconnus comme un collègue journaliste du JdC : Van De Prüijt...
Me relevant, je vis que les forbans m'avaient laissé à l'entrée des locaux du journal, et c'est ensemble que nous rentrâmes dans nos locaux.

Après le récit que je lui brossais rapidement de mes mésaventures, Van De Prüijt me dit :
- L'accession à la pyraterie des Maréchaux, c'est leur choix !
Je faisais partie de cette confrérie lorsque la question de ce changement d'orientation a été posée par l'amiral Dragan. Je me suis prononcé en sa faveur en raison de convictions personnelles. Aujourd'hui, j'ai quitté la confrérie qui était trop grande pour qu'un individu puisse y survivre sans y occuper un poste de commandement. Mon tempérament est incompatible avec le concept de hiérarchie, mais je n'ai pas pour autant renié le respect et l'amitié qui me lient à certains de mes ex-confrères. Les Maréchaux sont ce qu'ils sont, une confrérie à la structure très organisée, aux stratèges brillants et qui compte de nombreux détracteurs et ennemis. C'est aussi une alliance d'à peine 30 capitaines alors que les Caraïbes comptent des centaines de navires corsaires, marchands, pirates et militaires. Le choix des Maréchaux aura certes des répercussions, mais tant de choses peuvent en avoir !
Imaginez que forts du succès des flottes nationalistes envoyées dans les Caraïbes, les Rois d'Europe (qu'un cercle de l'enfer leur soit réservé) décident de les renforcer... De plus, Jacques 1er (que Satan lui dévore le coeur) ne laissera sûrement pas l'enlèvement de son amiral impuni. Enfin, je suis dérangé par le jugement des corsaires qui voient uniquement la confrérie d'appartenance de ces Capitaines. Tous sont des êtres uniques qui méritent plus ou moins de respect, d'affection ou de méfiance. Du moins, telle est ma conception...
L'avenir de la Pyraterie est à écrire... Et j'espère pouvoir contribuer de ma plume aux plus beaux passages de cette histoire !

Après cette dernière conversation, je quittais le local du JdC pour regagner mon navire, havre de paix au milieu de cet univers hostile où chaque pas, chaque rencontre et chaque projet pouvaient m'entraîner dans un voyage sans retour.

En chemin, je repensais à ces Pyrates, tous si différents et pourtant unis sous un même pavillon, mais qui semblait manifestement ne pas représenter pour chacun les mêmes valeurs...
Ces Capitaines qui allaient tous vers un but similaire mais dont les actions et représentations paraissaient si éloignées les unes des autres...
La Pyraterie n'avait peut-être rien à gagner de l'apparente adhésion des Maréchaux, mais une chose était certaine, elle en ressortirait modifiée.

Sarück
Powered by Jack Omara
Site compatible Internet Explorer / Firefox
Toute forme de reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation
Contact : ovni360@hotmail.com









L'effort de guerre ;)